Dans l’imaginaire collectif, le bonnet de nuit a une silhouette bien précise : un long bonnet souple qui retombe sur le côté de la tête, souvent terminé par un pompon. C’est celui des contes, des vieilles illustrations et de ces personnages réveillés en pleine nuit, une bougie à la main.
Mais pourquoi était-il si long ?
La question paraît toute simple. Et les réponses ne manquent pas : son long pan aurait permis de couvrir les oreilles, de s’enrouler autour du cou, d’absorber l’humidité ou même de maintenir le bonnet en place pendant le sommeil.
Pourtant, lorsqu’on se tourne vers les bonnets réellement conservés dans les collections des musées, l’histoire devient beaucoup moins évidente.
On sait que les bonnets de nuit ont notamment servi à garder la tête au chaud dans des maisons et des chambres peu ou pas chauffées. En revanche, attribuer une fonction technique précise à leur fameux long triangle est beaucoup plus difficile à justifier historiquement.
Et il y a une autre surprise : tous les bonnets de nuit n’étaient pas longs, loin de là.
Certains étaient courts, d’autres richement brodés, et quelques-uns n’étaient même pas réservés au sommeil. Pour comprendre d’où vient ce drôle de bonnet pointu que nous connaissons tous, il faut donc commencer par oublier un instant Scrooge, le célèbre personnage de Dickens, et regarder les véritables bonnets de nuit que l’histoire nous a laissés.
D’abord, pourquoi portait-on un bonnet pour dormir ?
Pour comprendre le bonnet de nuit, il faut se rappeler à quoi ressemblait une chambre il y a deux ou trois siècles. Dans une maison sans chauffage central et souvent mal isolée, la température pouvait fortement baisser pendant la nuit, particulièrement en hiver. Se glisser sous plusieurs couvertures ne protégeait pas pour autant la tête du froid et des courants d’air.
C’est l’une des fonctions du bonnet de nuit que les sources historiques permettent d’établir clairement. Le Rijksmuseum l’explique à propos d’un bonnet néerlandais datant d’environ 1808 : dans les maisons non chauffées, il était courant de porter un bonnet au lit pour garder la tête au chaud.
Et l’habitude est bien plus ancienne. Un manuscrit français réalisé vers 1440–1450 et aujourd’hui conservé à la Morgan Library & Museum représente très clairement un homme endormi dans son lit, la tête couverte d’un bonnet. Nous sommes alors plusieurs siècles avant l’image du bonnet de nuit popularisée au XIXe siècle.
Le bonnet pouvait être confectionné dans différentes matières selon les époques et les modèles, mais son principe était finalement très simple : ajouter une couche protectrice là où les couvertures ne pouvaient pas le faire.
Voilà donc une première réponse à notre question : si l’on portait un bonnet la nuit, c’était notamment pour se protéger du froid. Mais cela ne nous explique toujours pas pourquoi certains d’entre eux possédaient ce fameux long pan.

À la recherche du long bonnet pointu
Nous savons donc pourquoi on pouvait vouloir se couvrir la tête pour dormir. Mais cela ne nous dit toujours pas d’où vient cette silhouette si particulière : un bonnet qui continue bien au-delà du sommet du crâne, se rétrécit progressivement et se termine parfois par un gland ou un pompon.
Pour la retrouver avec certitude, il faut avancer jusqu’au tournant du XIXe siècle. Et cette fois, les indices deviennent très concrets.
Le Royal Museums Greenwich conserve par exemple un bonnet de nuit ayant appartenu à l’amiral Horatio Nelson, daté de 1800–1805. Tricoté en soie blanche, il mesure environ 26,5 cm de long et se termine par un gland. Quelques décennies plus tard, aux Pays-Bas, un bonnet de nuit conservé au Rijksmuseum atteint 30 cm. Sa calotte tricotée se termine en plusieurs parties triangulaires ; le gland visible aujourd’hui a, lui, été ajouté plus tard.
Mais l’un des objets les plus intéressants pour notre enquête se trouve en Grande-Bretagne. La Knitting & Crochet Guild conserve le bonnet du Captain Tweedie, daté de 1826. Ici, pas de doute sur son utilisation : la collection précise qu’il était réellement porté au lit. Il mesure 34 cm, gland compris, et sa construction est décrite avec suffisamment de précision pour comprendre comment sa pointe a été obtenue : le bonnet est tricoté en rond, puis sa partie supérieure est divisée en quatre panneaux dont les mailles diminuent progressivement jusqu’au sommet.
Et la piste ne s’arrête pas aux îles Britanniques. En France, le Manuel des Demoiselles d’Élisabeth Celnart, publié en 1826, contient lui aussi des instructions pour réaliser un « bonnet d’homme » au tricot. Et beaucoup plus au nord, le Sörmlands museum conserve un bonnet de nuit masculin suédois de la fin du XIXe siècle, tricoté en coton blanc. Il mesure 39 cm de haut, possède un gland de coton et, là encore, les mailles sont progressivement diminuées pour resserrer le bonnet jusqu’à son sommet.
Notre drôle de bonnet n’est donc pas seulement une invention des contes de Noël ou des illustrateurs. Des bonnets de nuit allongés, tricotés et terminés en pointe ont réellement été fabriqués et portés dans plusieurs régions d’Europe au XIXe siècle.
Mais en suivant leur trace, on tombe sur quelque chose d’assez inattendu : certains bonnets que les musées appellent aujourd’hui « bonnets de nuit »… n’étaient pas forcément portés pour dormir.

Reconstitutions inspirées de modèles historiques européens.
Un bonnet de nuit… qui n’était pas toujours porté la nuit
En poursuivant la piste du bonnet de nuit dans les collections des musées, on rencontre rapidement un problème de vocabulaire. Un objet désigné aujourd’hui comme nightcap n’était pas nécessairement un bonnet dans lequel son propriétaire dormait.
Le Metropolitan Museum of Art conserve ainsi un night cap anglais datant de 1600–1620, richement brodé de soie et de fils métalliques. Malgré son nom, le musée précise que ce type de bonnet appartenait à la tenue informelle masculine et pouvait être porté à l’intérieur pendant la journée. Le London Museum possède lui aussi un somptueux bonnet brodé du début du XVIIe siècle dont la description est encore plus explicite : il s’agissait d’un vêtement d’intérieur masculin et non d’un bonnet destiné au sommeil.
Pourquoi l’appeler alors nightcap ? Parce que les frontières entre bonnet de nuit, bonnet d’intérieur et vêtement domestique étaient moins nettes que nos catégories modernes ne le laissent penser. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le bonnet pouvait notamment protéger du froid la tête d’hommes qui portaient les cheveux très courts ou le crâne rasé sous leur perruque. Le Cooper Hewitt, Smithsonian Design Museum explique ainsi que ces bonnets pouvaient être portés à la maison lorsque la perruque était retirée, aussi bien le jour que la nuit.
Et cette porosité entre bonnet ordinaire et bonnet de nuit ne se limite pas à la Grande-Bretagne. Aux Pays-Bas, le Nederlands Openluchtmuseum conserve ainsi un bonnet tricoté de Volendam appelé slaapmuts. Malgré son nom, au XIXe siècle, les hommes le portaient pendant la journée et même avec leur tenue du dimanche. Plus étonnant encore, ces bonnets étaient également utilisés par les femmes de Volendam pour se protéger du froid.
Ce détour est important pour notre enquête. Il suggère que le long bonnet de nuit n’est peut-être pas une forme inventée de toutes pièces pour résoudre un problème lié au sommeil. Il pourrait aussi être l’héritier de bonnets masculins portés depuis longtemps à la maison ou dans la vie quotidienne, dont certaines formes ont progressivement trouvé leur place dans la chambre à coucher.
Si c’est le cas, chercher une fonction pratique à chaque centimètre de sa longue pointe risque de nous induire en erreur.
Il reste pourtant une question difficile à éviter : si quelques centimètres de bonnet suffisaient à couvrir la tête, pourquoi continuer à le tricoter si long ?
Alors, pourquoi le faire si long ?
C’est ici que les anciens patrons deviennent particulièrement intéressants. Car une chose est désormais certaine : cette longueur n’était pas simplement le résultat d’une manière facile de fabriquer un bonnet.
Dans le Manuel des Demoiselles d’Élisabeth Celnart, publié en France en 1826, le « bonnet d’homme » est tricoté en rond. Quelques années plus tard, le manuel britannique The Workwoman’s Guide de 1838 donne les instructions d’un Gentleman’s Night Cap, lui aussi tricoté en rond, en coton fin. Et le bonnet du Captain Tweedie que nous avons rencontré plus haut permet d’observer le résultat : pour former sa partie supérieure, les mailles sont progressivement diminuées jusqu’à obtenir la pointe.
Autrement dit, on ne se contentait pas de couvrir la tête puis d’arrêter le travail. On continuait à tricoter, tout en construisant volontairement cette forme effilée. Et sur de nombreux exemplaires, on ajoutait encore un gland ou un pompon au bout.
On rencontre aussi des explications beaucoup plus pittoresques. L’une d’elles voudrait que le long pan ait servi à dissimuler de petits objets précieux pendant la nuit. L’image est séduisante : quelques pièces ou une clé cachées au fond du bonnet, littéralement sous la tête de leur propriétaire.
Malheureusement pour les amateurs de trésors nocturnes, nous n’avons trouvé jusqu’ici aucune source historique sérieuse ni aucun objet de musée documenté permettant de confirmer cet usage. À moins qu’un futur inventaire ne vienne bouleverser l’enquête, mieux vaut donc ranger cette explication parmi les jolies histoires plutôt que parmi les fonctions établies du bonnet de nuit.
La chaleur reste probablement une bonne partie de la réponse. Dans une chambre froide, un bonnet plus long apporte davantage de matière qu’un petit bonnet ajusté. Son pan souple peut retomber autour de la tête et de la nuque et, selon sa position, offrir une protection supplémentaire aux oreilles ou au cou. Une source moderne de référence sur l’histoire des couvre-chefs explique que le long pan pouvait être utilisé comme une petite écharpe pour garder la nuque au chaud.
L’idée est logique et tout à fait possible. Mais il faut être prudent : jusqu’ici, les descriptions et patrons d’époque que nous avons retrouvés expliquent comment fabriquer ces bonnets, sans préciser que leur longue pointe aurait été créée spécialement pour envelopper le cou. Rien ne permet donc d’en faire avec certitude la raison de cette forme.
Et c’est peut-être là que notre regard moderne nous joue un petit tour. Face à un objet ancien étrange, nous cherchons spontanément une fonction à chaque détail : si cette pointe est si longue, elle doit forcément « servir » à quelque chose.
Pourtant, les vêtements ne fonctionnent pas ainsi. Ils sont aussi faits de traditions, de modes et de signes permettant de reconnaître une époque, une région ou celui qui les porte. Le gland qui pend au bout de nombreux bonnets en est un joli rappel : il n’était certainement pas indispensable pour empêcher son propriétaire d’avoir froid aux oreilles.
La longue pointe pouvait donc avoir un véritable intérêt thermique sans avoir été inventée uniquement pour cela. Elle semble également appartenir à une forme de bonnet que les hommes européens connaissaient déjà et que certaines régions ont conservée, transformée ou déplacée progressivement vers l’usage nocturne.
Et justement, lorsque l’on regarde de plus près les propriétaires de ces longs bonnets, une nouvelle question apparaît : mais où sont les femmes ?
Mais où sont les femmes ?
À ce stade de l’enquête, un détail commence à devenir difficile à ignorer. Nelson, Captain Tweedie, le « bonnet d’homme » français de 1826, le Gentleman’s Night Cap britannique, l’exemplaire suédois… beaucoup des longs bonnets pointus que nous rencontrons sont associés à des hommes.
Pendant ce temps, les bonnets de nuit féminins conservés dans les musées présentent souvent une tout autre silhouette.
Le London Museum conserve par exemple un bonnet féminin anglais du début du XIXe siècle, en lin blanc, ajusté autour de la tête et froncé à l’arrière. D’autres modèles féminins de la même époque sont bordés de volants, munis de rubans ou de liens et ressemblent beaucoup plus à la petite coiffe blanche que l’on associe aujourd’hui aux vêtements féminins anciens qu’au long bonnet de Scrooge.
On retrouve cette différence ailleurs en Europe. En Suède, le Sörmlands museum possède notamment des bonnets de nuit féminins du XIXe siècle constitués d’une petite coiffe de coton blanc resserrée à la nuque et attachée par des liens.
Il ne faudrait pas pour autant transformer cette observation en règle absolue. Les usages variaient selon les pays, les régions et les époques. À Volendam, aux Pays-Bas, nous venons justement de voir que les femmes portaient elles aussi ces slaapmutsen tricotés pour se protéger du froid.
Mais la tendance est suffisamment nette pour apporter une nouvelle pièce au puzzle : le grand bonnet tricoté qui se termine en pointe semble avoir été particulièrement associé au vestiaire masculin dans une partie de l’Europe du XIXe siècle.
Cela explique peut-être aussi pourquoi cette silhouette a laissé une trace si forte dans notre imaginaire. Elle est immédiatement reconnaissable : une longue pointe qui tombe sur le côté, parfois un gland qui se balance au bout… Il suffit presque de la dessiner pour comprendre que son propriétaire vient de sortir du lit.
Et c’est précisément à ce moment-là que la littérature et les illustrateurs vont entrer dans notre enquête.
Scrooge a-t-il inventé notre image du bonnet de nuit ?
Difficile de parler du long bonnet de nuit sans finir par rencontrer Ebenezer Scrooge. Dans Un chant de Noël, publié par Charles Dickens en 1843, le vieux personnage rentre chez lui par une nuit glaciale, enfile sa robe de chambre, ses pantoufles et son bonnet de nuit, puis s’installe devant un feu si faible qu’il peine à s’y réchauffer.
Le texte original de Dickens mentionne donc bien le night-cap. Et ce n’est pas seulement notre imagination moderne qui lui a donné cette allure : dans l’édition originale de 1843 illustrée par John Leech, Scrooge apparaît déjà en tenue de nuit, bonnet sur la tête.
Mais Dickens n’a pas inventé ce bonnet. Lorsque Un chant de Noël paraît, Nelson a porté le sien depuis une quarantaine d’années, Captain Tweedie dort avec le sien depuis 1826 et des patrons expliquent déjà comment tricoter ce type de couvre-chef. Scrooge est donc plutôt un témoin de son époque qu’un créateur de mode.
Il a en revanche participé à quelque chose de beaucoup plus durable : fixer cette silhouette dans notre imaginaire. Le vieux monsieur en robe de chambre, surpris au milieu d’une nuit d’hiver avec son bonnet sur la tête, est devenu une image extraordinairement facile à reconnaître et à reproduire. Les illustrations, puis les innombrables adaptations de l’histoire de Dickens, ont contribué à transmettre cette association jusqu’à nous.
C’est assez amusant : après avoir rencontré au cours de notre enquête des bonnets courts, brodés, froncés, masculins, féminins, portés au lit ou même pendant la journée, nous avons fini par retenir surtout un vieux monsieur coiffé d’un long bonnet qui lui tombe sur le côté.
Scrooge n’a donc pas créé le bonnet de nuit de notre imaginaire. Il en est plutôt devenu l’un de ses meilleurs ambassadeurs involontaires.
Et maintenant que nous avons retrouvé le véritable bonnet derrière le personnage, nous pouvons enfin revenir à notre question de départ : à quoi servait vraiment cette longue pointe ?
Et le Père Noël et les lutins ?
Le long bonnet pointu nous est aujourd’hui tellement familier qu’il évoque aussi immédiatement les lutins — et parfois le Père Noël. Pourtant, il serait trop simple d’imaginer que leur bonnet descend directement du bonnet de nuit.
Au XIXe siècle, plusieurs traditions visuelles se rencontrent. En Scandinavie, les anciens tomtes ou nisses, petits êtres du folklore rural, commencent notamment à entrer dans l’imaginaire de Noël. En Suède, les illustrations de Jenny Nyström participent à transformer le gårdstomte en jultomte, le personnage de Noël que l’on connaît aujourd’hui. De l’autre côté de l’Atlantique, l’apparence de Santa Claus évolue elle aussi tout au long du siècle, notamment sous le crayon de Thomas Nast.
Le bonnet pointu de Noël n’est donc pas simplement un bonnet de nuit déguisé. Mais toutes ces silhouettes ont fini par se côtoyer dans l’imaginaire occidental : bonnets domestiques, couvre-chefs populaires, personnages folkloriques et illustrations de Noël ont contribué à rendre cette longue pointe immédiatement reconnaissable.

Alors, à quoi servait vraiment le long triangle du bonnet de nuit ?
Après ce détour par plusieurs siècles d’histoire européenne, que peut-on finalement répondre ?
La première fonction ne fait guère de doute : le bonnet de nuit servait à garder la tête au chaud dans des chambres qui pouvaient devenir très froides. Et dans ce contexte, un bonnet long avait probablement un avantage sur un modèle très court. Son pan apportait davantage de matière et pouvait retomber autour de la tête, des oreilles ou de la nuque. Il est tout à fait plausible qu’on ait également pu le déplacer ou le ramener vers le cou lorsqu’il faisait particulièrement froid.
C’est de là que vient probablement l’explication souvent répétée aujourd’hui selon laquelle la longue pointe servait de petite écharpe pendant la nuit. C’est possible, et même assez logique, mais nous n’avons pas retrouvé de source historique établissant que le bonnet avait été allongé spécifiquement dans ce but.
En revanche, les objets et les patrons anciens nous ont appris autre chose. Cette longueur était volontairement construite, et la forme du bonnet semble appartenir à une tradition vestimentaire masculine beaucoup plus large. Dans plusieurs régions d’Europe, des bonnets pointus ou allongés ont été portés par les hommes à la maison, parfois même pendant la journée, avant que certaines de ces formes ne soient étroitement associées au sommeil.
La réponse est donc probablement moins spectaculaire qu’un ingénieux système d’écharpe intégrée, mais plus intéressante : le long pan pouvait réellement apporter un supplément de chaleur, tout en étant aussi une forme traditionnelle de couvre-chef que l’on a continué à fabriquer et à porter parce qu’elle faisait partie des habitudes vestimentaires de son époque.
Quant aux autres explications que l’on rencontre parfois — absorber l’humidité, servir de contrepoids pour empêcher le bonnet de tomber ou cacher quelques pièces précieuses au fond de la pointe — nous n’avons trouvé aucune source historique suffisamment solide pour les retenir.
Dommage pour le trésor caché dans le bonnet.
Le bonnet de nuit a changé de fonction, mais il n’a pas disparu
Avec le chauffage des maisons et l’évolution des habitudes vestimentaires, dormir avec un bonnet pour ne pas avoir froid à la tête est devenu beaucoup moins courant en Europe. Le long bonnet pointu a peu à peu quitté les chambres pour rejoindre les illustrations, les costumes et notre imaginaire collectif.
Mais le bonnet de nuit, lui, n’a pas complètement disparu. Certains continuent tout simplement à se couvrir la tête pour dormir — notamment lorsque le crâne est rasé ou particulièrement sensible au froid — tandis que d’autres bonnets de nuit modernes répondent à de nouveaux besoins, comme les bonnets en satin destinés à protéger les cheveux pendant le sommeil.
Cette fois, il ne s’agit plus de lutter contre les courants d’air d’une chambre glaciale. Une surface lisse limite les frottements des cheveux contre l’oreiller et peut aider à préserver certaines coiffures, les boucles ou les cheveux particulièrement sensibles à la casse.
À plusieurs siècles de distance, l’idée reste pourtant curieusement familière : porter quelque chose sur la tête pendant que l’on dort pour la protéger de son environnement. Seule la protection recherchée a changé.

Une drôle de pointe qui raconte beaucoup de choses
Nous étions partis d’une question toute simple : pourquoi les anciens bonnets de nuit étaient-ils si longs ? Nous avons trouvé une réponse probable — davantage de chaleur et de protection — mais aussi une histoire beaucoup moins simple que prévu.
Le bonnet pointu n’était ni le seul bonnet de nuit, ni même toujours réservé au sommeil. Sa forme semble s’être construite à la rencontre du climat, des habitudes domestiques, de la mode et des traditions vestimentaires européennes.
Finalement, c’est peut-être ce que racontent le mieux les objets les plus ordinaires : ils n’ont pas toujours une seule raison d’être. Et il suffit parfois de tirer sur un petit fil — ou ici, sur une très longue pointe — pour dérouler plusieurs siècles d’histoire.
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Références et sources
Cette enquête s’appuie principalement sur des objets conservés dans des collections muséales, des manuscrits et des ouvrages anciens numérisés, complétés par quelques sources modernes consacrées à l’histoire du vêtement et des couvre-chefs.
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- Rijksmuseum, Amsterdam — Nightcap, vers 1808 — La notice rappelle notamment l’usage du bonnet de nuit pour garder la tête au chaud dans les maisons non chauffées.
- Morgan Library & Museum — Régime du corps, vers 1440–1450 — Manuscrit français dans lequel une enluminure représente un homme endormi portant un bonnet.
- Royal Museums Greenwich — Bonnet de nuit d’Horatio Nelson, 1800–1805 — Bonnet en soie blanche tricotée, terminé par un gland.
- Rijksmuseum — Bonnet de nuit tricoté, vers 1800–1850 — Bonnet en coton blanc d’environ 30 cm, dont la partie supérieure se termine en formes triangulaires.
- Knitting & Crochet Guild — Bonnet de nuit du Captain Tweedie, 1826 — Exemplaire documenté comme ayant été porté au lit ; sa fiche décrit également la construction au tricot et les diminutions formant sa pointe.
- Élisabeth Celnart — Manuel des Demoiselles, 1826 — Ouvrage contenant des instructions pour la réalisation d’un « bonnet d’homme » au tricot.
- Sörmlands museum — Bonnet de nuit masculin SLM 10841 — Bonnet suédois de la fin du XIXe siècle, en coton blanc tricoté et terminé par un gland.
- The Metropolitan Museum of Art — Night cap, 1600–1620 — Exemple britannique d’un night cap appartenant également au vêtement informel masculin porté à l’intérieur.
- London Museum — Nightcap, début du XVIIe siècle — Bonnet masculin richement brodé appartenant au vêtement domestique plutôt qu’au seul vêtement de sommeil.
- Cooper Hewitt, Smithsonian Design Museum — A Cap for Day and Night — Présentation de bonnets portés à l’intérieur, notamment lorsque les hommes retiraient leur perruque.
- Nederlands Openluchtmuseum — Slaapmuts de Volendam — Bonnet porté par les hommes également pendant la journée et utilisé par les femmes pour se protéger du froid.
- The Workwoman’s Guide, 1838 — Project Gutenberg — Manuel britannique contenant les instructions d’un Gentleman’s Night Cap tricoté en coton.
- Beverly Chico — Hats and Headwear Around the World: A Cultural Encyclopedia — Ouvrage de référence moderne consacré à l’histoire et aux usages des couvre-chefs.
- London Museum — Bonnet de nuit féminin, vers 1800 — Exemple en lin d’une forme féminine ajustée et froncée, très différente des longs bonnets masculins pointus.
- Charles Dickens — A Christmas Carol, 1843 — Texte original dans lequel le bonnet de nuit de Scrooge est explicitement mentionné.
- Morgan Library & Museum — Illustrations originales de A Christmas Carol, 1843 — Illustrations de John Leech pour la première édition du récit de Dickens.




















